Le tissu associatif de la région de Tafraout est enrichi par la naissance d'une nouvelle entité associative. Il s'agit de l'Association de développement touristique du pays de Tafraout (ADTPT). Son assemblée générale a été tenue, hier, dans la salle des réunions de la commune d'Ammelnes. Devant un parterre d'assistants constitué de professionnels du secteur : bazaristes, orfèvres, babouchiers, restaurateurs, gérants et propriétaires d’hôtels, auberges, maisons d'hôtes et campings; des membres des communes rurales du cercle et ceux de la municipalité de Tafraout, et, enfin, des responsables des associations de développement locales. Le comité préparatoire qui a présidé la séance, a commencé, tout d'abord, par rappeler les circonstances et motivations, expliquant la pertinence de la création de cette entité de la société civile. Pour ce faire, les participants ont assisté à un passage en revue via une projection de diapositives, des principaux chapitres composant l'étude touristique de la région de Tafraout, réalisée par un bureau d'étude français, dans le cadre d'une convention de coopération décentralisée scellée entre le conseil de la Région du Souss-Massa-Darâa et la Région de l'Isère de France. Laquelle étude a pour objectif de dégager une vision claire et intégrée d'une approche développementale durable du secteur touristique de Tafraout, sur la base d'un diagnostic méthodologique mettant en exergue les potentialités en jachère à mettre en valeur et les entraves qui continuent de plomber le décollage de cette activité, pour un meilleur repositionnement de la destination et son produit touristique local sur l'échiquier touristique régional et national. Le comité préparatoire a procédé à un large passage en revue des grands axes structurant les actions dégagées à partir de l'étude et qui s'étalent sur plusieurs volets thématiques comme celui ayant trait à la sensibilisation du territoire au tourisme, à travers des actions de conscientisation quant à son rôle et à son importance, ciblant habitants, élus, élèves, associations et acteurs touristiques ; la professionnalisation des acteurs locaux bénéficiant du projet et leur structuration par leur organisation à travers des associations professionnelles et l'assainissement du secteur touristique des rabatteurs et faux guides par la création d'une unité de la brigade touristique dans la ville. L'étude préconise également des actions d'amélioration de l'accueil par la mise à disposition de l'information et une meilleure communication de la destination à travers les différents supports dont notamment le Net. Le comité s'est longuement penché sur l'explication des outils nécessaires pour réussir une bonne promotion de la destination autour d'une approche événementielle et communicationnelle. Avant d'enchaîner sur les recommandations du plan relatif à l'amélioration de la qualité du service du parc hôtelier de la ville et le développement des autres formules dites chez l'habitant, de même que le caravaning et les aires de bivouacs qui constituent une alternative d'hébergement; l'offre actuelle de ces produits étant insuffisante et manque d'adaptabilité à la demande, conclut le diagnostic. Les intervenants du comité préparatoire se sont appesantis par ailleurs sur l'explicitation des orientations de l'étude autour des axes ayant trait au développement des offres autour des produits du terroir et de l'artisanat, comme les huiles d'argane, les plantes aromatiques et la babouche traditionnelle pour en faire des produits phare d'attractivité touristique. C'est le cas également, ajoute-t-on, de l'offre en patrimoine culturel, en randonnées et activités sportives (trekking, parapente, escalade…). Le débat est ensuite ouvert à l'assistance sur le statut de la future association et des modalités de son fonctionnement. L'objectif de l'ADTPT vise ainsi la mise en œuvre des conclusions du plan d'action dégagé par le diagnostic. A travers une démarche de développement touristique soucieuse et respectueuse de ses dimensions environnementale, durable et humaine, tout en valorisant une offre puisant dans le potentiel culturel et patrimonial de la région. Pour que les retombées économiques soient équitablement partagées entre les acteurs et les populations actives dans le domaine. Quant à la structure de l'association, pour assurer une large représentativité des différents acteurs, quatre collèges sont représentés : Celui des professionnels (bazaristes, hébergeurs, artisans, guides…), des collectivités locales (un élu par commune), des associations locales et enfin un collège spécial comportant des personnes pouvant apporter appui ou une compétence à même de contribuer au développement de l'activité touristique dans la région. L'assemblée a procédé à l'élection à la fin de la séance, à l'unanimité, du conseil d'administration et du bureau exécutif composé d'un président, un secrétaire général, un trésorier et des conseillers, tous issus des quatre collèges.
Ils ont dit
Ahmed Aguenaou, membre du bureau du conseil communal de Tassrirt
« J'ai le sentiment que cette association sera une meilleure approche pour fédérer les efforts de tous les acteurs en vue de mettre en place une vision adaptée au développement du secteur touristique de la région. Elle a tous les atouts d'être un réceptacle des attentes et un interlocuteur fiable qui puisse parler au nom de tous, pour négocier et faire aboutir sa mission de mise en œuvre des recommandations du plan d'action préconisé par l'étude réalisée visant le décollage du secteur ».
Kacem Roukny, bazariste
«C'est une première à Tafraout : une association touristique à laquelle ont adhéré tous les professionnels en mettant de côté leurs différends qui ont toujours constitué un empêchement à toute entente. D'autre part, le projet du plan d'action découlant du diagnostic réalisé par l'étude, aura toutes les chances d'aboutir, car il émane de la base. Tous les acteurs y ont contribué dans le cadre d'une large concertation. Par contre, je veux attirer l'attention de tous sur des phénomènes nuisibles qu’entraînent les flux touristiques et qui commencent déjà à faire surface dans la région. Comme, par exemple la prostitution (pédophilie, homosexualité) pratiquées par certains touristes sur les jeunes habitants, pauvreté aidant; la pollution de la nature par des milliers de camping-caristes qui squattent de manière anarchique et illégale les terrains privés en y déversant sans vergogne leurs déchets …Côté professionnel, l'association doit faire en sorte qu'un terme soit mis à cette gangrène du harcèlement des touristes, en plus de cet autre problème qui prive les commerçants des visites des touristes de passage dans la ville dans le cadre des voyages organisés, puisque les guides accompagnateurs leur font visiter deux magasins seulement connus dans la ville, avant de les embarquer vers d'autres destinations. Sans oublier les autorisations de maisons d'hôtes et auberges octroyées à tout-venant sans souci professionnel, ni réglementation».
Moulay Mostafa Nokraoui, acteur associatif
«L'association des éléments du tissu associatif local à la participation et à la prise de décision au sein de l'ADTPT est le gage d'une volonté d'adopter une approche participative dans le développement du secteur du tourisme à Tafraout. Les ADL (Associations de développement local) s'activant dans le tourisme, ont leur mot au sujet des questions d'ordre éthique. Notre souhait est l'élaboration d'une charte du pays Tafraout qui sera signée par tous les intervenants. Elle sera garante d'un tourisme équitable et respectueux de l'environnement ; bref, un tourisme à dimension durable. Je cite à ce propos la question de l'eau, le respect des usages locaux traditionnels, l'éradication des nuisances des racoleurs qui empoisonnent la vie des touristes et opérateurs par la mise en place d'une brigade touristique à l'instar des autres villes touristiques ».
Samedi 29 Mai 2010 PROPOS RECUEILLIS PAR I.OUCHAGOUR
Une belle action de restauration : Le Ksar Assa renaît de ses ruines
Tous ceux qui connaissent le séculaire ksar d'Assa avant le début du projet de sa restauration et l'ont visité après, ne croient pas leurs yeux. Toute une œuvre architecturale, donnée irrémédiablement ensevelie sous les décombres de l'histoire antique, se redressa sur ses pieds, du haut du promontoire surplombant la nouvelle ville, comme pour se venger de l'injuste destin subi. Le premier élément saillant depuis la palmeraie jouxtant la ville, la tour de défense dite Lhchach. La reconstitution de ses fragments architecturaux pour en ressortir l'hypothèse la plus fidèle exprimant la réalité de son image d'antan, nous explique Salima Naji, relève d'un puzzle, tellement sa condition pâtit d’une dégradation avancée et en l'absence de photos d'archives mémorisant le lieu. Pour ce, « nous nous sommes battus sur le bâti existant. Notamment deux exemples des autres tours qui tiennent relativement encore. Les ruines trouvées sous le Borj effondré et l'interprétation des maigres désordres apparents nous ont permis de brosser l'esquisse la plus probable du corps physique de la bâtisse ». C'est le grand défi que pose la problématique de restauration de ce patrimoine. De grands pans formant différentes parties du ksar n’ont pas été indentifiés dans le fatras des démolitions. Salima explore toutes les niches d'informations susceptibles de l'aiguiller pour retrouver ses fils d'Ariane. Notamment la mémoire des hommes âgés comme les deux doyens :Cheikh Tayeb Lassaoui et Hussein Ihchach Afqir, qui ont accompagné les mâalmines et leur ont prodigué des données et conseils avisés. Les quartiers de Lhchach, Idaw-Mellil, Idaw-Unguit, entre autres, constituent aujourd'hui la fierté de ces tribus et une appropriation retrouvée d'un legs et d’une mémoire identitaire qui ont failli sombrer dans l'oubli à jamais. Un théâtre de plein air fait aussi désormais partie du corps du ksar dont le pavement émerveille par la qualité de l'œuvre. Sa cité sacrée réhabilitée, reconquit aujourd'hui ses espaces de prière et de dévotion dans la mosquée de Timzguid Ouflla; sa Zaouïa et les sépultures des aïeuls; le tout dans un cadre harmonieux. Ce grandiose ouvrage de restauration, menée pierre par pierre, poignée de pisé par poignée, sous l'égide et le suivi au quotidien de l'architecte Salima Naji, est impulsé par l'Agence de développement du Sud. Quid du montant de ce projet ? Surprenant !Avec un budget modeste, qui a servi tout simplement à rémunérer -dignement -les 8000 journées de travail des ouvriers, le ksar est remis en état initial dans les règles de l'art. Outre ce fait, ce projet a le grand mérite d'avoir fédéré les populations et ONG locales qui ont activement participé à son succès. Il a fait du coup, ressusciter les techniques de construction traditionnelles en réhabilitant les savoir-faire des mâalmines, longtemps tombés en désuétude. La conscience vis-à-vis de valeurs patrimoniales du site est vite acquise du côté de tous ces intervenants. Le ksar ne tardera pas à reprendre vie. Et cela s'est manifesté par l'réappropriation précoce de cet espace, alors que le projet est encore en chantier. Les associations de développement locales y organisent déjà le Festival d'Assa, un événement dans la vie culturelle de la région. La place du théâtre plein air est fortement investie par les troupes artistiques et théâtrales lors de la manifestation. D'autre part, une ancienne demeure de la famille Lhchach est improvisée musée familial durant la fête, où une grande exposition d'objets domestiques, ustensiles d'antan ainsi que des archives familiales écrites (Manuscrit : parchemins, actes de propriété utilisant bois comme support …) a été organisée à l'intention de nombreux visiteurs qui ont pris d'assaut le ksar suite à un succès retentissant. Le collectif des associations de ''Tamaynout'', appuyé par l'IRCAM et la province d'Assa y ont réalisé aussi plusieurs activités tournées vers des thématiques ayant trait aux chants et danses traditionnels, et surtout au patrimoine, lors de plusieurs conférences animées par des linguistes et historiens. Le ksar a ainsi pu créer et imprimer une nouvelle dynamique au culturel local. Ce qui a eu un impact positif sur la motivation des populations à porter des projets durables générateurs de développement local. L'espace comporte déjà aujourd'hui, par exemple, deux musées dûment installés, de raretés, dont les familles initiatrices des projets comptent les intégrer dans les circuits touristiques de la région. En plus d'un autre dit ''musée du palmier ''devant mettre en exergue ce produit du terroir et les différentes phases de son traitement (Séchage, stockage, ensilage…) dans la perspective de sa mise dans les circuits commerciaux. Plus de 100 autres projets sont présentement identifiés. Tout promet donc la naissance de grandes synergies qui donneront corps sûrement à une logique de développement local tant souhaité qui se créera autour de cette bâtisse. La dimension sociale de ce projet n'est pas des moindres : Hussein Ihchach, ancien mâalem, le reconnaît. « Le ksar a réconcilié ceux qui étaient fâchés entre eux dans notre famille en estompant nos petites haines souvent évitables !. Il nous a rassemblés plus que jamais en rappelant à notre mémoire les liens forts de nos ancêtres, consacrés par ce legs collectif. Nous en sommes très reconnaissants !». Lors de la visite Royale à Assa, le projet de réhabilitation de cet édifice historique considéré comme porteur de l'identité locale des Aît Assa, occupe la première place dans l'importance des projets à initier dans la région.
Entretien avec Salima Naji, architecte DPLG et docteur en anthropologie : “Ayons confiance en notre culture architecturale et nos techniques locales” Le Maroc foisonne de patrimoines architecturaux offrant une large diversité de modèles: Ksours, mosquées, Zaouïas,marabouts, maisons de notables, Kasbahs, Iguidars (citadelles), greniers communautaires … Ces supports mémoriels témoignent d'une culture ancestrale et véhiculent un système de valeurs, un savoir-faire, des croyances et des symboliques. Sauf qu'aujourd'hui, les outrages du temps les mettent en péril en fragilisant leur intégrité physique. La négligence irresponsable de l'Homme a fait que ces monuments historiques se trouvent aujourd'hui, voués à la disparition.Salima Naji, jeune architecte, plaide fougueusement pour le retour à l'usage de la pierre et la terre et les procédés de constructions traditionnels. En criant fort et haut sa «répulsion» pour le tout béton, elle n'hésite pas à demander qu'une politique patrimoniale soit incessamment initiée pour protéger ce legs des démolitions.
Libé: L'Association d'Idaousmlal vient d'organiser sa première rencontre thématique sur la préservation du patrimoine bâti rural traditionnel. Comment réagissez -vous à ce genre d' initiatives ?
Salima Naji : Toute initiative de sensibilisation est une action louable et je m'en réjouis. Et plus la société civile œuvrera pour prendre en charge son patrimoine et plus nous pourrons sauver des sites et des techniques en déperdition. Il faut qu'il y ait d'autres initiatives encore de ce type. Les associations comme celles d'Amoudou à Tiznit et l'AIDECO à Tafraout méritent d'être citées aussi pour tout ce qu'elles accomplissent en la matière. Je pense qu'en se donnant les moyens de faire renaître des techniques anciennes, parfois améliorées, souvent juste utilisées dans les règles de l'art, on permet une prise de conscience globale que c'est possible de ressusciter ce patrimoine. Pour beaucoup de personnes, notamment dans les régions trop vite gagnées par le faux modernisme et les sous-techniques de ciment (mal transplantées, c'est de la sous-construction hélas), on ne croit plus en ces techniques. Il faut redonner la confiance culturelle en soi-même : Sa culture et les techniques locales. Regardez l'engouement pour le Tadelakt qui a gagné l'Europe et qui a fait renaître le corps de métiers d'artisans jusque-là à la marge. Je connais des licenciés et des docteurs en chimie très débrouillards qui se sont reconvertis dans le petit entreprenariat et qui se sont vraiment enrichis en utilisant les techniques traditionnelles à Fès et à Marrakech. Cela nous pousse à se demander pourquoi ne pas imaginer de vraies entreprises qui décident non pas de faire du calepinage, simple rhabillage en terre ou en pierre (une honte qui ne tient pas face aux intempéries) mais qui redécouvrent les techniques traditionnelles. Les entreprises qui en sont capables actuellement sont rares mais elles existent. Elles sont souvent familiales, comme en Europe où un grand de maîtres-maçons forme ses fils et neveux qu'il emploie, dans un respect des techniques traditionnelles, et paie bien. Tant que nous mépriserons l'ouvrier (le bon ouvrier, mâalem véritable), il pourra y avoir tous les discours que vous voudrez, on ne pourra rien sauver. Pour sauver il faut collaborer : les artisans, les élus, les hommes de l'art sans hiérarchie et avec comme seul objectif : sauver un patrimoine. Loin de certaines visées mercantiles qui ne demandent qu'à s'enrichir rapidement sur un budget tombé du ciel… La tricherie, y est aussi pour beaucoup. Construire en ciment, c'est jouer avec le nombre de sacs et falsifier les chiffres ; construire en techniques traditionnelles c'est 500 DH/m2 sans possibilité de voler. Mas il faut plus de soins et des personnes vraiment compétentes. Et c'est la beauté et le bioclimatique assurés, en contrepartie.
Etant donné qu'il ne s'agit pas là d'un patrimoine monumental, mais de maisons d'habitation, il n'existe pas de législation spécifique pour les protéger contre les démolitions, très souvent « perpétrées »par leurs propriétaires. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?
Vous mettez le doigt sur le plus grave problème de destruction et d'acculturation auquel on assiste actuellement : les particuliers croyant bien faire ou se redorant le blason social en faisant d'énormes maisons qui montrent leur réussite sociale en écrasant le patrimoine existant et en étant hors échelle par rapport aux paysages. Alors qu'avec moins d'argent, ils restauraient des merveilles de Tagadirts ou de Kasabates. Ils font d'énormes maisons où ils n'y viennent pas ou rarement et où leurs enfants ne viendront pas. Ils auraient mieux fait de faire un dispensaire ou une école ! Même remarque sur le phénomène des mosquées détruites avec l'argent de l'extérieur et ce, en rasant dans la foulée, les merveilles que recèlent ces édifices de culte modestes. La société civile souvent est pleine de bonne volonté mais est démunie techniquement. Le patrimoine vernaculaire est aussi important que le patrimoine monumental, mais il faut beaucoup de culture architecturale pour voir qu'un rocher, un massif d'arbres, ou un petit sentier en pierre,…etc, a beaucoup d'importance. Or, peu de personnes ont un « regard », mais ce regard peut s'éduquer. Peu de personnes savent qu'il faut choisir des bordures en pierres mais non pas en ciment par exemple, pour les routes, c'est mieux et ça fait travailler le local ; qu'il faut arrêter ces affreux lampadaires partout et réfléchir à une intégration paysage pas pour une destruction par des soi-disant « mises à niveau », qui nivelle vers le bas, croyant bien faire !. J'ai restauré des ensembles comme ceux de la vallée d'Amelnnes, il faut du soin, de l'amour : du temps !. Pas de l'empressement à croire qu'on va pouvoir restaurer en 2 minutes. Il faut aussi sentir cette architecture, regarder comment elle est faite, prendre le temps de relevé minutieux, d'inventaire des nomenclatures des baies, des types de revêtements traditionnels, des portes, etc. Bref, aller à l'essence d'un lieu, s'enquérir de son histoire et ensuite après un vrai diagnostic, revenir et s'en occuper. Je termine ma maison (18ème siècle) qui abrite aussi dans son aile (19ème siècle) les bureaux de mon agence d'architecture, tout ceci est là pour montrer une possibilité de restauration et des méthodes. Plein de gens viennent visiter et comprennent.
Lors des dernières pluies qui se sont abattues sur la région d'Idaousmlal et Tafraout, beaucoup de vieilles bâtisses à l'architecture typique se sont effondrées. Les autorités ont réagi par souci sécuritaire en évacuant les populations et en laissant leurs demeures s'effondrer. N'est-ce pas là un autre problème qui ne plaide pas du tout en faveur de cet héritage et qui montre combien nos autorités ont encore du mal à appréhender son importance ?
En fait, on voudrait faire croire que ces techniques qui ont fait leurs preuves pendant plus de 5 siècles seraient soudain impuissantes. Alors que le drame de Haïti nous montre le contraire : que seules les demeures vernaculaires ont résisté là où le ciment trop rigide est tombé… Le pisé et l'adobe n'ont pas fini d'être étudiés. Il faut puiser en notre culture et non s'empresser de copier des schémas techniques européens qui fonctionnent dans de grandes villes mais pas dans de petits bourgs qui ont des extrêmes de températures. Pour cela il faut réfléchir et travailler ! Transformer aussi un code de l'urbanisme imbécile en un code où le rural est présent. Les autorités se protègent et elles n'ont pas le choix dans des sociétés de plus en plus procédurières et irresponsables qui se tournent vers elles les accusant de tous les maux. Nous sommes tous responsables, chacun doit prendre en charge sa partie. Quand je finance avec mon propre argent des opérations de sauvetage, quand je ne suis pas payée pour sauver un site pour lequel j'ai obtenu un petit financement, je garde la même éthique que pour un travail de restauration confié par l'Etat. C'est-à-dire que j'ai un devoir moral de sauver et de conserver le plus possible et le mieux possible ces sites qui racontent l'histoire d'une région.
On parle de la sensibilisation comme préalable primordial dans l'approche de la préservation de ce patrimoine. Dans les villages pauvres où les habitants ne demandent qu'avoir un logement en béton armé qui puisse résister aux intempéries, comment les convaincre pour qu'ils soient réceptifs à ce discours ?
Les pluies ont fait tomber aussi des charpentes en béton. Il faut leur expliquer une vérité oubliée : le ciment armé ne dure que 60 ans (voyez Casa coloniale, Chandigarh en Inde de Le Corbusier, etc.) et ensuite c'est très cher à restaurer. Mais à force de dénigrer les techniques traditionnelles que tout le monde adore - à l'extérieur du pays - voilà ça a marché, on les met à la poubelle comme en France après 1945. Deux décennies après les gens se sont remis à les chercher. Il était trop tard, c'était devenu un produit de luxe que seuls quelques-uns pouvaient se permettre. Ne négligeons pas les leçons du passé. Les techniques traditionnelles mal construites ou trop anciennes tombent bien sûr. Il faut aussi légiférer car cette folie gagne du terrain (croire au produit miracle qui n'existe pas et qui n'est pas adapté) : interdire le R+2 partout dans le rural et promouvoir les techniques traditionnelles stabilisées en lançant des concours : le « plus beau village authentique ».En plus, l'insertion de ce patrimoine dans les circuits de développement local constitue le salut ou un gage de sa préservation : Ceci rendrait à ce pays de vieux patrimoine sa valeur.
La prise de conscience de la beauté de ce patrimoine commence à se faire sentir auprès des habitants des régions de Tafraout et Idaousmlal : on voit que dans les nouvelles constructions on recourt aux reprises des éléments typiques de l'ancienne architecture locale (même façade, décorations avec ardoises…) ; mais au lieu d'utiliser la pierre et la terre, c'est le parpaing et le crépi de ciment qui enrobe les murs extérieurs. Cette nouvelle tendance est-elle à encourager ?
C'est une nouvelle forme d'acculturation qui se donne bonne conscience en se croyant moderne. On ne croit toujours pas aux techniques traditionnelles. On utilise juste un logiciel d'architecture qui fait des moulages de l'ancien. Cela n'a rien de nouveau, ça existe depuis la nuit des temps, cela s'appelle le pastiche ou le kitch. Toute l'histoire des historicismes et des classicismes (néo-classique) vient de ce type d'approche par les formes et non par les techniques. C'est comme si au lieu de goûter la vraie huile d'argan, vous usiez d'une huile de synthèse qui a la même couleur et le même aspect, mais qui n'en est pas. Une bourgeoisie fraîchement acquise veut utiliser certaines techniques des anciens : alors qu'elle a les mâalmines sous la main et moins chers, pourquoi faire venir une entreprise d'Agadir et lui demander de faire comme des hôtels régionalistes ? L'intérêt du vernaculaire, ce n'est pas seulement sa beauté, c'est d'abord ses qualités climatiques : le durable et l'écologique des procédés, l'intelligence des mises en œuvre ! Un très faible bilan carbone, une vraie réflexion sur des architectures éco-compatibles.
Dans la région de Tafraout, d'anciennes bâtisses à l'architecture typique se vendent très cher aux étrangers qui les retapent pour y habiter ou pour les transformer en maisons d'hôtes. Est-ce là un fait « salubre » et qui agit pour la préservation de ces joyaux architecturaux ?
Aujourd'hui, il est possible de dresser un premier bilan de cet engouement international pour le patrimoine et les architectures marocaines transformées en hôtel, résidences touristiques. Dans un premier temps, ceci a été une étincelle pour sauver des demeures et tant mieux. Cependant, aujourd'hui apparaissent des phénomènes d'inflation, qui peuvent paralyser le développement du monde rural, en pénalisant tout investissement autre que touristique. Des gouverneurs de certaines provinces ont entendu les agriculteurs et n'autorisent plus de VNA (Vocation non agricole pour un projet touristique) dans le pourtour de Marrakech. Par ailleurs, il faut éviter que ces espaces se transforment en ghettos générant de nouvelles frustrations de la part de populations souvent très pauvres qui seraient alors sensibles au discours xénophobe. A mon avis, il serait intéressant de réfléchir à une législation qui protège davantage les populations locales. Par exemple, en Inde, les investissements ne peuvent se faire qu'en association avec un ressortissant national pour se prémunir de comportements prédateurs d'étrangers qui profitent d'un effet d'aubaine lié à l'inégalité de fortune entre Nord et Sud.
Repères
Salima Naji est architecte DPLG (diplomée de l'École d'architecture de Paris-La-Villette), et docteur en anthropologie (Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris). Elle exerce au Maroc en privilégiant les matériaux locaux dans le respect de l'environnement et de la culture des lieux. Depuis les toutes premières réalisations, la démarche s'inscrit dans une volonté de collaboration avec les artisans locaux. Conformément aux enseignements de l'architecte égyptien Hassan Fathy, elle les fait intervenir en leur rendant leur place dans une architecture qui reste cependant contemporaine. Après avoir arpenté les vallées présahariennes pendant près de dix ans, pour rendre compte des traditions artistiques des Kasbas du Sud marocain, elle a consacré plusieurs années de recherches aux greniers-citadelles du Maroc. Elle a interrogé la vitalité des pratiques conservatoires en privilégiant les formes construites, le grenier communautaire qui a le plus souvent bénéficié de la solidité d'un matériau - la pierre - sans négliger cependant les autres patrimoines tangibles et intangibles, dont les traditions transmises oralement. Parallèlement à ces recherches, elle essaie d'organiser la survie de certaines citadelles véritablement menacées et pas seulement par le phénomène classique de « modernisation »; elle s'investit ainsi depuis plusieurs années dans des actions concrètes de sauvetage ou de développement culturel. Elle a reçu le Prix jeunes architectes, de la Fondation EDF en juin 2004, ce qui lui a permis de poursuivre ces revitalisations en profondeur. Docteur en anthropologie (Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris), diplômée du Laboratoire de Troisième cycle arts, esthétiques sciences et technologies de l'image de Paris VIII, plasticienne, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les architectures vernaculaires du Sud marocain qu'elle sillonne sans relâche, depuis plus de douze ans. Notamment : « Art et architectures berbères », « Portes du Sud marocain » et « Greniers collectifs de l'Atlas patrimoines du Sud marocain ». Elle a reçu la Médaille d'or arts, sciences et lettres de la société académique d'éducation et d'encouragement (couronnée par l'Académie française) en 2006 et a été sacrée Inspiring women, expanding Horizon par la Mosaic Foundation à Washington en 2008. L'Ordre national des architectes lui a également décerné un Prix en 2010.
Mardi 25 Mai 2010 ENTRETIEN REALISE PAR IDRISS OUCHAGOUR
Souvent assimilés à des espaces désaffectés où la vie a cessé d'exister, les ouvrages d'intérêt patrimonial peuvent être transformés en leviers de développement. En donnant à ces lieux d'autres fonctions à même de leur imprimer un nouveau souffle. Le cas de la « Maison berbère » dans la vallée des Amelnnes à Tafraout, un joyau du petit patrimoine bâti traditionnel local dont regorge la région, mais aujourd'hui qui est en déliquescence effrénée, en est une illustration pertinente. Cette rustique demeure familiale séculière, sauvée des «griffes» de la ruine en réussissant sa reconversion dans le strict respect de l'authenticité, en maison d'hôtes, a vite réussi son intégration dans les circuits touristiques en s'imposant aujourd'hui telle une des principales attractions incontournables de la région. Le produit proposé étant fortement recherché, à la faveur de l'engouement mondial, de plus en plus exprimé, pour l'hébergement dans des édifices historiques traditionnels à forte charge culturelle offrant des cadres de vie d'antan pittoresques, où le visiteur se donne l'occasion d'une vraie immersion dans la culture locale dans ses facettes: gastronomique, architecturale et traditionnelle, nous explique Rachid Ahrras, fils aîné de la famille gérante. Et ce, aux dépens des autres formules de séjours classiques qui excluent tout contact avec les populations du terroir. Aujourd'hui, le projet génère des retombées économiques fort intéressantes sur le développement local en faisant vivre, dans la foulée, « directement près de quatre personnes qui y travaillent à plein temps en plus de tous les membres de la famille propriétaire et indirectement plusieurs dizaines d'autres habitants », s'en enorgueillit Rachid. Cette belle réussite ainsi d' appropriation du patrimoine par les populations locales elles-mêmes dans une action active de reconversion, montre comment ces populations sont amenées par la force de ce rapport, à devenir le principal protagoniste dans la protection de ce legs devenu une ressource de vie qu'elles ont donc tout intérêt à pérenniser. Une expérience qu'il est temps de reconduire localement à plus large dimension en tant qu'approche à même de maintenir hors du temps, les autres petits patrimoines bâtis de la région. A l'instar du Mellah, (ancien quartier juif) de Tahala, qui végète aujourd'hui dans un abandon navrant et qui aurait pu devenir un lieu d'attraction touristique et de « pèlerinage » confessionnel pour les communautés judaïques. La demeure de l'ancien Cheikh d'Ighchane, la vieille mosquée d'Aguerd-Oudad, l'ancien édifice administratif colonial de Tassrirt… sont autant d'autres « raretés architecturales » dont l'état exige une action de « résurrection » et de revitalisation urgente, pour les sauver de la disparition irrémédiable qui les guette.
Tanmirt c Mostapha f taworiyad dwarawad amaynu n'Tamsmunt izlin s tmarayt gh'akal n Tafraout. Maytyuskarn arghil gh'tgharast ad arisfrah bahra ayuz nun. Bonne continuation!
Ce n’est pas le titre du fameux archétype film musical américain (A Star is Born) de George Cukor, mais il s’agit d’un événement associatif de taille, c’est l’enrichissement du paysage associatif du pays Tafraout par la naissance d’une jeune association, porteuse d’une ambition forte et de projets à la hauteur de ces fondateurs.
Fondée par un riche amalgame composé des professionnels du secteur, des élus des sept collectivités locales du pays Tafraout et de cadres associatifs, l'ADTPT est une association professionnelle à but non lucratif ayant pour objectif majeur la définition et la mise en place, au niveau local, d’une vision de développement touristique responsable et durable.
Issue des recommandations d’un processus d’ingénierie touristique réalisé par Mme Chantal Guyot de TER’avenir dans le cadre de la coopération décentralisée du Conseil Général de l’Isère France avec le conseil régional du Souss-Massa-Drâa, l’ADTPT ambitionne de proposer un développement touristique s’appuyant sur les acteurs locaux valorisant le patrimoine et les ressources locales et de développer une offre touristique en phase avec les attentes des clientèles régionales et internationales.
Face à un tourisme marchand, “prédateur” et “irresponsable”, l’ADTPT forte d’une représentativité territoriale et dotée d’un Plan pluriannuel d'actions permettant de favoriser le développement du secteur touristique du pays Tafraout qui soit un réel agent de développement socioéconomique, soucieux de la problématique environnementale, respectueux des usages et costumes locales, elle se doit de défendre l’image ternit d’un pays idéal et unique au Maroc ou dans le monde écrit Paul Bowles, le célèbre écrivain Voyageur américain pendant les années soixante (Tafraout is a place unlike any other in Morocco or the world).
A l’instar des grandes villes, Tiznit aménage sa zone industrielle localisée dans la partie nord de la ville, entre la route nationale Agadir (RN1) et la route provinciale Tafraout. Elle s’étend sur une superficie de plus de 38 ha. La nouvelle zone propose 459 lots répartis en différentes catégories allant de 250 m2 à 15.000 m2. Des lots destinés à abriter de petites, moyennes et grandes entreprises. Le coût de l’aménagement de cette zone, qui va permettre des opportunités d’affaires à la population locale, s’élève à 80 millions de DH. Une bonne partie des travaux d’aménagement a déjà été réalisée. Il s’agit notamment des travaux relatifs à la voirie, à l’assainissement et à la mise en place des réseaux d’eau potable, électrique et téléphonique. Ne reste plus que la finition des travaux d’équipement, précise un responsable à la commune urbaine de Tiznit. «Al Omrane-Agadir, maître d’ouvrage du projet, a lancé les travaux dès 2007 et nous a assuré qu’ils seront finis à la mi-juillet 2010», indique le même responsable. L’état d’avancement des travaux est estimé en effet à 70%. Il faut préciser au passage qu’au niveau de la direction d’Al Omrane-Agadir, les multiples tentatives de L’Economiste pour avoir un supplément d’information relative à la zone industrielle de Tiznit sont restées vaines. Une fois opérationnelle, la nouvelle zone industrielle impulsera le développement économique et social de la région. Elle permettra aussi d’organiser et de faire déménager les activités insalubres telles, entre autres, les taulières qui dérangent la quiétude des habitants… Nombreux sont les travailleurs dans ces petits métiers qui ont déjà exprimé leur envie de profiter de lots, individuellement ou en petits groupements. La municipalité est intervenue en leur faveur auprès d’Al Omrane pour les faire bénéficier de prix préférentiels afin de les encourager à s’installer dans cette zone. Par ailleurs, une fois les lots acquis, ils auront la possibilité, s’ils le souhaitent, de construire leur habitation à l’étage. D’un autre côté et parce que la commune urbaine de Tiznit a le souci de l’environnement, elle a veillé à ce que la nouvelle zone industrielle dispose de sa propre station d’épuration des eaux usées indépendamment de l’actuelle station de la ville. Coût du projet: 25 millions de DH. Beaucoup de partenaires participent financièrement dont le ministère de l’Intérieur, l’Office national de l’eau potable en plus de la municipalité qui a mis à disposition le terrain en plus d’une enveloppe budgétaire de 8 millions de DH pour faire démarrer le projet.
Merci Imazzaln pour votre gentillesse et votre générosité d'avoir nous partager votre premier album. Je vous souhaite plus de succès et plus de production musicale de style tazenzart qui nous fera vivre les beaux moments nostalgiques de Tazenzart des années 80 avec nos amis jeunes talents d’aujourd’hui. Au plaisir de vous retrouver sur scène de Tifawin le 24 Juillet prochain!
N.B: l'achat des oeuvres d'art authentiques encourage la création artistique et la sauvgarde des droits des auteurs.
Aux fans et amis du groupe Imazzalen qui n'ont pas encore eu la chance d'écouter le dernier album du groupe. Enfin l'album "Tamzla" du groupe Imazzalen disponible en téléchargement et gratuitement simplement en cliquant sur ce lien :