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Exploitation illégale de propriétés privées et collecte d’argent au noir : Le scandale du caravaning à Tafraout Opérateurs, professionnels du secteur touristique et même citoyens lambada, voudraient savoir où vont les sommes d’argent tirées des terrains privés transformés illégalement en aires de caravaning. Le sujet préoccupe actuellement l’opinion publique et suscite beaucoup de bruits dans la ville qui donne déjà l’impression de vivre l’ambiance d’un scandale. En effet, quiconque en visite à Tafraout en haute saison, ne peut être indifférent aux gigantesques attroupements de camping-cars et caravanes squattant des espaces qui s’étendent des environs du siège des pachaliks de la ville, jusqu’aux lieux dits Tamalmslla, Dar Nichane, Tazrmlalt et la palmeraie des Aît Tazkka, à la lisière du village d’Ighir. Ces terrains agricoles appartiennent aux villageois des douars d’Aguerd Oudad, Adad, Tazekka Aday et Ighir Ntargante. Mais, ce sont étonnamment des tiers qui ne peuvent prétendre à aucun droit de propriété sur ces biens fonciers ou avoir des autorisations pour leur exploitation, qui en tirent profit, malgré les plaintes des propriétaires adressées au pacha de la ville. Un commerce juteux. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que le nombre de camping-cars ayant transité par ces «espaces de caravaning » lors de la saison touristique écoulée (entre décembre et juin), s’élève, selon des sources informées, à 967 véhicules. Avec une moyenne de séjour de cinq séjour au moins pour chaque mobile-home, au cours duquel les visiteurs sont obligés de débourser entre 10 et 20 DH chaque jour, l’enjeu pécuniaire n’est pas mince ! Il s’agit de dizaines de milliers de dirhams de recettes dégagées. Et qu’il faut multiplier par trois, puisque l’exploitation de ce pactole a débuté en 2008. Dans quelle escarcelle atterrit donc tout ce «blé» ? Pas dans celle du «tiers exploitant », de toute façon ! «Nous n’en prélevions que deux cents dirhams par semaine pour chacun de nous trois », nous a déclaré un homme qui a géré ce «business » lors d’une saison. Voulant savoir à qui profite le gros lot du reliquat des sommes perçues, nous avons été confrontés à un mur de silence : personne ne peut s’aventurer à dénoncer cet état de fait de peur de «s’attirer des foudres vengeresses», arguent les « exploitants » que nous avons approchés. Voilà qui fait que l’opinion publique tafraoutie et les professionnels du tourisme, s’interrogent sur cette affaire de gros sous mal acquis. On demande que «les responsables mènent une enquête rigoureuse et crédible afin de définir les responsabilités de tous les auteurs de cette appropriation illégale et utilisation de biens d’autrui ». «Et découvrir tous ceux qui se cachent dernière ces «hommes de paille » pour mettre du beurre dans leurs épinards discrètement en accaparant ce « jackpot ». Il faut rappeler que cette affaire a éclaté il y a quelque temps lorsque les propriétaires des campings de Tafraout et ceux de la commune d’Ammelnes sont montés au créneau pour manifester leur colère face à cette situation qui compromet leur activités d’hébergeurs. Et ce, «après une longue résignation, sur fond de promesses vaines des autorités locales de remettre l’ordre en la demeure qui a érodé notre patience », expliquent-ils. En effet, cette situation a pour effet de créer une concurrence déloyale face à laquelle personne ne peut résister, vu les lourdes charges (eau, électricité, service de vigile nocturne, impôts, investissement pour rénovations…) qui réduisent leurs marges bénéficiaires. Des réclamations ont été envoyées sous pli recommandé, au début de la saison, aux autorités provinciales sans que cela puisse apporter des changements.
Un prétexte de trop ?
Quiconque s'adresse aux trois hommes qui veillent à la collecte des «redevances » exigées des camping-caristes installés sur les terrains privés squattés illégalement par des tiers hors des campings de la ville, se verra rétorquer : «C'est le pacha qui nous en a chargés », brandissant, à l'appui, des badges avec le cachet du pachalik, dûment signés par cet agent d'autorité, leurs noms et prénoms, et mission : vigiles de nuit assurant la sécurité des camping-cars et caravanes. Mais, auprès des camping-caristes, c'est loin d'être le même son de cloche. «Nous casquons en contrepartie des stationnements, pas pour le gardiennage nocturne. La nuit, tout le monde est dans les caravanes et mobile-homes; ce qui fait que nous nous passons de ce service ». «En plus, ajoute-t-il, nous avons droit à d'autres bonus comme l'eau, disponible dans une citerne mise à notre disposition et un service de ramassage des ordures, le tout assuré par l'autorité locale. On dirait qu'on est dans un camping réglementaire, non ?». Les propriétaires des campings se posent des questions : Comment expliquer que de l'argent soit alors collecté et à qui est-il destiné ? Comment l'autorité locale censée faire régner l'ordre, permet-elle à des personnes sans autorisation des propriétaires légitimes, d'exercer une profession pourtant réglementée par la loi et, pis, à collecter de l'argent aussi illégalement et en dépit de l'opposition des propriétaires des terrains squattés ? N'est-ce pas là, concluent-ils, une manière de légitimer et de cautionner ce squat ? Sinon, pourquoi donc cette autorité n'a-t-elle pas réagi aux plaintes des propriétaires des terrains sur lesquels ces campings sauvages ont été dressés au vu et au su de tout le monde ? Et puis, pourquoi des sommes collectées n'ont-elles jamais attiré l'attention de cet agent d'autorité encore moins leur destination? Enfin, ce prétexte même d'assurer la sécurité de ces touristes, n'est-il pas trop exagéré, puisqu'il suffit de leur interdire de se garer sur des propriétés privées comme cela se fait partout dans les autres villes touristiques et exiger d’occuper les campings réglementés qui assurent, entre autres services, la sécurité de leurs clients ? Toutefois, du côté de l'autorité locale, qui développe d’autres arguments pour justifier son action, elle ne l'entend pas de cette oreille. «Ces touristes sont connus pour l'achat des produits des artisans locaux (notamment les babouches), en créant ainsi une dynamique économique dans la ville, nous veillons à leur assurer la sécurité», argue-t-elle. Mais, si l'autorité locale se découvre les vertus de cette activité touristique, pourquoi s'attelle-t-elle, répliquent-ils, ainsi à défendre les intérêts de cette catégorie professionnelle aux dépens des propriétaires des campings? Si elle est vraiment soucieuse du développement de la ville par le biais du tourisme, enchaînent les opérateurs du caravaning, ne devrait-elle pas commencer par rétablir de l'ordre de manière à ce que cet argent de «l'informel » soit «récupéré » par les professionnels, dont les impôts et taxes payés, seront réinvestis dans le développement de la localité ? Le problème de la sécurité, constatent-ils, ne serait-il pas qu'un paravent ?
Lundi 21 Juin 2010 IDRISS OUCHAGOUR
Contribution le : 21/06 14:15:37
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